CONFERENCE : ADOLESCENCE ET CONDUITES A RISQUES
JEUDI 3 AVRIL 2008
Association ARPAS :
M. Aurouet, psychologue clinicien
Mme Thibault, psychologue clinicien
Mme Rouyre, psychologue cognitiviste
L’association ARPAS a 8 ans d’existence. Son objectif : répondre de manière précoce aux difficultés rencontrées par adolescents.
L’ARPAS œuvre avec l’ASEF : aide sociale à l’enfance et à la famille.
Conduites à risques à l’adolescence
Qui est concerné : Progressivement le public concerné par les conduites à risque (consommation de produits toxiques notamment) a rajeuni, d’adulte majeur, il est passé ces dernières années aux lycées puis aux collégiens voire même aux enfants du primaire.
Modification du comportement : Face à une difficulté à vivre l’adolescent ne se cache pas, mais ne parle pas. Il agit (près de 50% des lycéens ont déjà goûté au cannabis). Le mode de consommation a changé. Le produit est accessible plus facilement. Il correspond à une jouissance de l’interdit, un rite de passage. Aujourd’hui le cannabis n’est plus considéré comme illicite, il a perdu de son sens en seuil de risque. Aujourd’hui, il y a une poly consommation : cigarette+alcool+drogue.
Danger : âge
La communauté s’arrange de l’illicite et saisie très rarement les services de police ou de gendarmerie. Les choses se règlent désormais entre personnes et font l’objet de « deals ». La société a tendance à banaliser ces comportements à risque. En conséquence, les adolescents ont tendance à entrer dans la brèche puisque plus personne ne les arrête, ils continuent donc et augmentent leur consommation. La vie de l’adolescent ne se situe que dans l’"Action". Il agit, adoptant des comportements à risques tel que : rouler comme un fou en deux roues (1ère cause de mortalité des jeunes : les accidents, 2ème cause : les suicides).
Les risques liés à ce type de comportement sont d’une part le risque biologique et d’autre part le risque de désocialisation. Il existe aussi des risques plus spécifiquement féminins comme : la scarification.
Or, bien souvent, lorsque l’intervention des adultes ne réside qu’à décider d’une sanction, la conduite à risques continue. A ce stade, il est nécessaire que l’intervention prenne en compte la difficulté de l’enfant : sa difficulté à vivre.
L’adolescence est la période la plus difficile à vivre. Il s’agit de quitter l’enfance, une période rêvée vers la vie d’adulte. Or, les adultes que nous sommes, nous ne leur proposons pas une vision très positive de notre monde d’adulte : chômage, problèmes d’argent, de couple, relations avec ses propres parents etc…..Pour montrer leur recul face à cette nouvelle vie, ils préfèrent se coucher et mettre un walkman sur la tête ou jouer sur des consoles vidéo.
Qu’est ce qu’un Adolescent : C’est un enfant qui physiologiquement a une poussée hormonale, pubertaire. Ce mouvement change complètement le comportement de la personne. Il entre rapidement dans le monde de la sexualité et le déterminisme sexuel. Certains plus jeunes ne sont pas encore adolescent mais empruntent des comportements d’adolescents qui peuvent nous tromper. L’adolescent est difficile à suivre car on a également peur de ne pas être de bons parents, les parents des autres adolescents sont toujours mieux, pour nos enfants : ils sont plus « cool », toujours plus permissifs.
Aujourd’hui, on est adolescent jusqu’à 25 ans car il n’y a pas d’autonomie financière affective ou sociale avant cet âge. C’est ce qu’on appelle les adulescents. Le phénomène des adulescents est européen et occidental. Il y a un refus d’être adulte. Il n’y a plus de différences vestimentaires entre parents et enfant. Les adultes ne veulent pas vieillir. Les grands parents sont jeunes, voyagent, les pépés mémés n’existent plus. Aujourd’hui, ce sont des papy et des mamy que l’on appelle parfois par leur prénom. La famille se modifie, les vieux ne sont plus vieux, ils sont jeunes dans leur tête, dans leur corps.
L’effet sur les comportements est important, les adultes ont volé quelque chose aux adolescents de ce fait, ils disposent de moins d’espace, de moins de territoire. Ils essaient de rechercher de nouveaux territoires, et pour cela, ils poussent leur frontière plus loin bien souvent sur territoires adultes. Les adolescents n’ont pas d’autre choix que de copier les adultes mais on refuse leur monde car justement, ils ne sont pas adultes et même si cela rassure les adultes de voir des adolescents qui leur ressemblent lorsque les pères jouent à la « Play station» ou dansent de la « techtonik », ils sont rapidement fatigués de nous copier et s’insurgent même contre nos « attitude d’ados ». Les rôles s’inversent, les enfants deviennent moralisateurs. Pour que la communication fonctionne bien, il faut la différence et la complémentarité. C’est aussi valable pour le couple. L’intérêt de la vie est dans la différence. Les parents doivent rester parents, ne pas tenter de ressembler à leurs adolescents. Ils doivent tenir fermement la ligne.
Les adolescents ne veulent pas que les adultes répondent comme des adolescents à leurs demandes. Les adolescents ne veulent pas de laxisme.
Il faut remettre chacun à sa place, les parents et les adolescents. Les adolescents ne doivent pas parler aux parents comme à leurs copains. Les règles de la maison doivent ne pas être les mêmes que celles du collège ou tout au moins celle de la cour du collège.
Les bonnes réponses à donner sont celles qui correspondent aux valeurs propres des adultes. La famille est un lieu d’éducation et de transmission de valeurs. Les parents sont de plus en plus inquiets concernant leurs valeurs. Ils ont du mal à les transmettre de manière ferme. Pourtant, les valeurs n’ont pas changé, la loi reste la même par exemple et doit être connue de tous (Code Pénal, Code Civil, etc…). Les valeurs n’ont pas changé, mais ce qui bouge c’est l’interprétation qu’on en fait.
Les adolescents sont par définition dans « ici et maintenant ». Ils n’ont pas de vision à long terme. Ils ont des difficultés à évaluer le risque de leurs comportements à long terme. En outre, ils ont un besoin d’adrénaline.Les frontières bougent très peu, c’est le cas de l’âge du premier rapport sexuel 16 ans chez les filles et 17 ans chez les garçons. La santé ne les concerne pas. Ils sont à l’apogée de leur potentiel physique. Rien ne les gène sur ce plan, ils récupèrent en une matinée d’une nuit blanche, ce qui n’est pas le cas des adultes.
Décoder les comportements à risques : Il y a de multiples accrochages, même mineurs, qu’il faut savoir décoder. Puis il y a le gros problème mais il n’arrive jamais à la première alerte. Il faut être à l’écoute car ce qui caractérise l’adolescent : c’est la primauté de « l’agir », il est incapable d’anticiper. Dans les écoles de commerce ou en première année de médecine le contexte est tellement anxiogène que les étudiants boivent, se droguent…Nous sommes dans une société anxiogène. L’école est un lieu anxiogène. On favorise tout pour qu’ils ne soient pas bien dans leur peau : on favorise l’individualisme, la réussite personnelle, l’épanouissement personnel, la primauté de la personne sur le collectif. Ce sont les conditions idéales pour que la personne ne soit pas bien.
Aujourd’hui, lorsqu’on n’est pas assez satisfait, pas assez épanoui, pas assez heureux, on fuit, on part, on quitte la maison, le domicile. C’est le cas des familles recomposées.Ce contexte est très insécurisant pour l’enfant. A un moment donné, les adultes, sur le plan individuel, sont plus importants que l’enfant, que l’adolescent, donc ils se séparent, ils divorcent, c’est devenu tellement naturel que ça passe inaperçu. Les parents sont absents et pas assez sécurisants, pas assez protecteurs. Ils ne sont pas assez adultes. En outre, les adultes ont des problèmes, ils les exposent à leurs enfants et ce sont les enfants qui doivent « porter » leurs problèmes d’adulte. C’est ici que nous, parents, nous pouvons agir.
Cessons de leur parler de nos problèmes alors qu’il faut leur parler d’autre chose, d’un monde meilleur, plus rassurant. L’univers des adultes, le couple, les problèmes des adultes, ce n’est pas le monde des adolescents. En plus, les adolescents ont accès aux mêmes choses que les adultes. Par exemple, ils regardent tout à la télévision et surtout n’importe quoi.
Il faut redonner de la valeur à la parole parentale. Cette parole doit être crédible, conforme aux actes et comportements des adultes. Les adultes doivent avoir des comportements parentaux. Il faut définir ce qui est important et s’y tenir. Lorsqu’un adolescent vous dit : « je te déteste » c’est plutôt bon signe, signe qu’il y a un écart entre le monde de l’adulte et celui de l’adolescent, signe qu’il y a une discussion même violente. Cela ne doit pas générer de culpabilité mais seulement de l’insatisfaction auprès des parents.
Parmi les situations à risques que l’adolescent doit gérer, il y a l’inclusion au groupe et la peur du rejet. L’adolescent doit être conforme au groupe d’adolescents et conforme aux attentes des parents. La délation est un comportement proscrit car cela met l’adolescent en danger. Comme chacun recherche l’économie, le bénéfice de toute action, l’adolescent va évaluer le risque de la délation.
Dans la famille on demande à l’adolescent de parler et d’être. A l’école, ils doivent se comporter comme des enfants : ne pas parler, ne pas être différents, se fondre dans le groupe. Pour lui, c’est souvent incohérent et en tout cas difficile à exécuter (exemple : quelques minutes avant de rentrer au collège, il va discuter avec son père ou sa mère des vacances de la famille ou de l’achat d’une nouvelle voiture et dès l’entrée en classe, il doit redevenir un enfant).
Quelles conduites devant les ordinateurs et jeux vidéo : Les ordinateurs et jeux vidéo peuvent être addictifs sur le plan psychologique. On ne peut pas demander à l’adolescent de gérer le temps passé devant les jeux vidéo. Ne leur donner qu’une heure de jeux vidéo, est un peu pervers. Les adolescents sont transformés en consommateurs : PlayStation, télévision, téléphone. Ils ne lisent plus, ne sont plus seuls, n’arrivent plus à jouer seuls. Plus la chambre de l’adolescent se remplit de jeux divers (hors vidéo), plus l’enfant s’ennuie.
Le sport peut également devenir addictif. Un collégien ne doit pas faire plus de 10 heures de sport par semaine. Par ailleurs trop de compétition met trop de pression sur l’adolescent. Il y a une désaffection des clubs de sport vers 13/14 ans.
Il ne faut pas avoir de conduite intrusive vis-à-vis de l’adolescent. Mais on peut de temps en temps vérifier, par exemple l’historique de l’ordinateur ou s’il a un deux-roues pour aller au collège, les parents doivent de temps en temps vérifier que l’adolescent a une conduite correcte sur la route. Sinon le deux-roues doit être supprimé tant qu’il ou elle n’a pas réfléchi aux risques engendrés aux pertes probables. Mais globalement les relations doivent être fondées sur la confiance. En cas de conduite à risque, la punition ne doit pas être la seule réponse. Il faut aussi aller chercher de l’aide chez un professionnel par exemple. Il faut faire attention aux enfants qui ne posent pas de problème. Cela peut être le signe d’enfants qui vont mal. Les enfants qui jouent au jeu du foulard étaient par exemple des enfants exemplaires avec de très bons résultats scolaires.
Ce qu’il faut retenir : Un adolescent a une conduite claire car il vit dans l’instant présent et ne sait pas évaluer, notamment lorsqu’il est dans le risque. Roulez vite est aussi dangereux que se faire remarquer en classe ou fumer de la drogue ou boire de l’alcool. Il est capable de tout faire en même temps car il est dans l’instant présent.Les parents doivent redonner de la valeur à leur parole, ne pas craindre l’insatisfaction et surtout donner envie à son adolescent d’être un jour adulte en lui faisant prendre conscience que c’est un monde passionnant et qu’il est différent du sien.
Propos recueillis par Mme V.de BARNIER
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Compte rendu du conseil d’administration du lundi 25 février 2008